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EDITO

Crit’Air où les dysfonctionnements franco-allemands

(Par Jean-Georges Mandon. 14/12/2017) – Depuis le mois de novembre, la ville de Strasbourg a introduit la plaquette Crit’Air, petit macaron à coller sur le pare-brise de sa voiture et destiné à témoigner de la qualité du dispositif anti-pollution dont est équipé un véhicule. Mais Strasbourg n’est pas la seule ville à avoir pris une telle mesure. Quasiment toutes les villes allemandes du Rhin Supérieur (et ailleurs…) ont fait la même chose – avec comme bémol majeur que toutes ces plaquettes ne soient pas compatibles.

Si l'absence de concertation entre villes n'a pas permis la conception d'une vignette unique dans toute la France, on le déplore, mais on s'en accommode, aucune pénalité n'étant appliquée au Lyonnais en stationnement à Arras ou au Niçois traversant Lille. Mais si ce petit couac bien français est tolérable, rien ne va plus, en revanche, entre pays riverains. Car ce désir louable de lutter contre la pollution a conduit à un oubli majeur : on aurait du coopérer pour faciliter la vie des usagers, et particulièrement celle des frontaliers qui passent quotidiennement d'un pays à l'autre.

Dans la région du Rhin supérieur, par exemple, aucune concertation n'a eu lieu en amont. Un Strasbourgeois avisé saura donc qu'il serait fort imprudent de stationner dans la ville allemande où il se rend pourtant plusieurs fois par mois pour son travail sans acquérir la Crit'air locale. Son collègue allemand fera bien, lui aussi, de se faire tout petit s'il se rend à Strasbourg sans « notre » Crit'air à nous... Car les verbalisations vont bon train...

Et on s'abstiendra évidemment d'évoquer le sort des malheureux citoyens européens venus d'un peu plus loin qui traverseraient innocemment la région du Rhin Supérieur...

Il est inouï que plus d'un demi-siècle après la création de l'Union Européenne, on demeure toujours incapable de s'entendre entre voisins pour faire œuvre commune sur une question aussi simple que la conception d'une vignette anti-pollution.

Un loupé de plus dont les usagers font les frais et qui mine leur confiance en l’aptitude des bureaucraties nationales à coopérer intelligemment. Dans ce contexte, applaudissons l’initiative du Landrat de l’Ortenau, Frank Scherer, qui, au nom de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau demandera une dérogation aux autorités françaises et allemandes, permettant l’utilisation de « son » Crit’Air aussi dans les autres villes du Rhin Supérieur.

 Vive l'UE !