Le revenu, mis en place par le premier gouvernement Conte, vise à réduire la pauvreté et à limiter l’exclusion sociale au sein des foyers les plus vulnérables. Distribué par l’INPS via la « carte de revenu de citoyenneté », ce dispositif dépend strictement des ressources du ménage. Salariés et indépendants sont donc tenus de déclarer toute activité lucrative, faute de quoi les dérives ne tardent pas, comme le prouvent de nombreux faits divers.
Certains bénéficiaires continuent de percevoir le revenu tout en travaillant sans le signaler à l’INPS, cette dissimulation prend plusieurs formes. Parfois, aucune déclaration d’embauche n’est transmise via le modèle Unilav, ce qui masque totalement le salarié aux yeux de l’administration. D’autres choisissent de taire une partie de leurs ressources ou de leurs avoirs dès la demande initiale, dans l’espoir d’obtenir l’aide. Les abus existent, mais les dispositifs de contrôle aussi. Voici comment signaler ces fraudes et ce à quoi s’exposent ceux qui jouent avec les règles.
Comment signaler les travailleurs dissimulés percevant le revenu à l’Inspection du travail
Détecter le cumul du revenu de citoyenneté avec une activité occulte relève aussi de la compétence de l’Inspection du travail (ITL). Depuis 2017, cet organisme centralise les contrôles autrefois répartis entre le Ministère du travail, l’INPS et l’INAIL. Aujourd’hui, 74 bureaux territoriaux couvrent le territoire.
L’ITL intervient soit à son initiative, soit sur signalement : un collègue, un syndicat ou toute personne informée peut alerter l’institution. Le plaignant peut se présenter directement au siège de l’ITL, ou envoyer son dossier par courrier recommandé ou via la messagerie PEC.
Les rapports anonymes sont généralement écartés, sauf si les faits sont étayés par des preuves irréfutables. Même lorsque l’identité du lanceur d’alerte est connue, son nom reste absent des procès-verbaux et de tous les documents remis par l’Inspection, une précaution qui protège les personnes de possibles représailles.
Faire un signalement auprès de la Guardia di Finanza
La Guardia di Finanza intervient elle aussi lorsqu’il s’agit de fraudes au revenu de citoyenneté. Un numéro unique, le 117, permet de joindre ce service sept jours sur sept, à toute heure. Il est également possible de se rendre dans n’importe quel poste de la Guardia di Finanza pour déposer un signalement.
Pour les situations concernant les travailleurs non déclarés, le portail de la GdF propose un formulaire spécifique. Dans la rubrique « Services pour le citoyen, Formulaires, Plainte exposée et poursuite », on trouve le document à télécharger, remplir, puis remettre au service concerné. Cette démarche permet d’accélérer le traitement des situations litigieuses.
Sanctions encourues en cas de fraude au revenu de citoyenneté
Les personnes qui touchent indûment le revenu de citoyenneté risquent gros. Présenter de fausses déclarations, fournir des documents mensongers ou omettre intentionnellement des éléments à signaler peut mener à une peine de prison de deux à six ans.
Il existe aussi des peines d’emprisonnement, de un à trois ans, pour ceux qui négligent de signaler un changement de situation susceptible d’entraîner la réduction ou la suppression du revenu. Les délais pour signaler ces changements sont stricts :
- 30 jours si l’on commence un emploi salarié ou une activité indépendante ;
- 15 jours en cas de modification du patrimoine qui fait perdre le droit à la subvention.
Des répercussions supplémentaires s’appliquent aux condamnés pour ces infractions :
- Inscription du délit de fraude aggravée (article 640 bis du Code pénal) pour obtention indue de fonds publics ;
- Suppression immédiate du revenu de citoyenneté et obligation de restituer les sommes perçues ;
- Interdiction de déposer une nouvelle demande de revenu de citoyenneté pendant dix ans après la condamnation.
Dans des situations moins lourdes, certaines sanctions se limitent à la révocation et à la confiscation :
- En cas de fausse déclaration ou de défaut de communication d’un changement de situation, la subvention est retirée et les sommes versées doivent être remboursées ;
- Si un membre du foyer est surpris en situation de travail dissimulé ou de collaboration non déclarée, le revenu est confisqué (sans remboursement des sommes déjà perçues).
La confiscation s’applique aussi à ceux qui reçoivent un montant supérieur à celui auquel ils ont droit à cause d’informations erronées dans leur dossier. Là encore, ils devront restituer la différence perçue à tort.
Risques pour les entreprises employant des bénéficiaires fraudeurs
Les entreprises qui embauchent des bénéficiaires du revenu de citoyenneté sans les déclarer s’exposent elles aussi à des sanctions. La loi prévoit des amendes administratives :
- De 1 500 à 9 000 euros par travailleur dissimulé, pour un emploi jusqu’à 30 jours ;
- Entre 3 000 et 18 000 euros par salarié, pour une durée de 31 à 60 jours ;
- De 6 000 à 36 000 euros pour les embauches dissimulées dépassant 60 jours.
Autre mesure forte : la suspension de l’activité de production si au moins 20 % des effectifs présents sur le site ne sont pas déclarés.
Les entreprises encourent également d’autres sanctions :
- Pénalités INAIL en cas de défaut de paiement des cotisations d’assurance ;
- Pénalités INPS si les cotisations de sécurité sociale n’ont pas été versées ;
- Amendes pour avoir versé des salaires en espèces plutôt que par des moyens de paiement traçables.
Un système qui se voulait solidaire se transforme vite en terrain miné pour celles et ceux qui tentent de le détourner. Les risques, eux, sont bien réels. Face à la tentation du travail dissimulé, les contrôles se renforcent, et la loi ne laisse plus la place au hasard. La question n’est plus de savoir si la fraude sera découverte, mais quand et à quel prix.

